Prenez différentes places dans notre salle (vous pouvez rester assis·e à votre table, ou vous déplacer, vous mettre debout, allongé·e, dans un coin, au milieu) pour faire simultanément pendant 10 minutes une tentative d’épuisement de la salle à la Perec. On essaye d’écrire en continu (sans jamais s’arrêter, tant pis pour les fautes et les sautes !) tout ce que nous voyons autour de nous.
Dans la foulée, on se lit à voix haute des extraits de nos observations (chacun·e notre tour, ou ensemble, en faisant varier le volume de notre voix).
Refaisons le même exercice, mais en se donnant d’autres protocoles, comme par exemple, tournez de 90° toutes les minutes, ou bien choisir un sens sur lequel vous focaliser (la vue, l’ouïe, le toucher, le goût, l’odorat, pour lesquels on peut faire des groupes). On pourrait aussi travailler par cercles concentriques (comme Perec à sa table de travail) en démarrant de son point de vue pour aller de plus en plus vers l’extérieur.
Ateliers
Exercices
Tentative collective d'épuisement d'un lieu
Session 1. Décrire,
c'est déjà analyser
Des pistes de protocoles pour observer :
• Comme Max Neuhaus, déambulez en écoutant, pour profiter des readymades sonores qui vous entourent.
• Comme les gens d’Uterpan, donnez-vous un protocole de traversée d’un lieu puis consignez votre ressenti après coup, ou utilisez un enregistreur audio pour décrire tout ce que vous voyez sur votre passage.
• Comme Vito Acconci dans Blink, imaginez un relais entre vous et l’appareil de captation.
• Prenez le partie d’une attention flottante, comme Colette Pétonnet, en laissant venir ce qui vous vient, sans discriminer en différentes catégories, mais alors pensez des contraintes d’observation comme par exemple tourner d’un quart de cercle toutes les dix minutes (Nova p. 75).
• Décrivez ce qu’il y a autour de vous, ce qui est extérieur à vous et que vous pouvez « objectivement » décrire depuis votre point de vue (ce que vous entendez, des conversations par exemple, des couleurs, des formes, etc.), comme George Perec à son bureau et/ou consignez ce qui vous arrive (des pensées, des sensations, etc.). Comme Allan Kaprow, devenez attentif·ves à une activité du quotidien, soyez attentif·ves à ce que cela provoque en vous.
• Décrivez toutes les choses invisibles autour de vous mais dont vous soupçonnez l’existence (les ondes ou ce qu’il y derrière les murs). À chaque fois, il faut qu’il y ait un indice concret qui vous permette de spéculer ce que vous avancez.
• Discriminer uniquement un type d'éléments : une couleur, une matière, une forme...
• Comme les stratégies des gens d’Uterpan, ou Looking up de Francis Alys, trouvez une démarche ou une place qui provoque quelque chose dont vous pourriez récolter les effets, si minimes soient-ils.
Des pistes pour consigner vos observations :
• Comme William Burrough ou Lynda Barry, diviser une page en colonnes ou en sections, et catégoriser des données d’observation.
• Comme Anna Tsing qui ponctue son récit de différents motifs, dessinez sur votre carnet les éléments qui vous interpellent.
• Comme Gwenola Wagon dans les Voyages immobiles au Forum des Halles, du groupe NoGo Voyage, utilisez un enregistreur vocal pour consigner vos observations.
• Comme Dominic Gagnon, filmez depuis un même point, en jouant sur le zoom, ou à l’inverse, saisissez-vous du dispositif de la vidéo de réaction pour décrire ce qu’il y a devant vous, en faisant de votre visage le ricochet des images devant vous et des impressions qui vous arrivent.
Session 2. Monter,
c'est déjà prendre partie
Session 3. Raconter,
c'est déjà argumenter
3+7 mots
Choisissez 3 mots principaux + 7 mots relatifs aux 3 premiers pour décrire notre environnement de travail. Dites-les à voix hautes, en marquant une petite pause entre les 3 premiers et les 7 suivants.
Cadrage et légendage
À l’aide d'un scotch vert, entourez des éléments de notre espace de travail qui vous semblent digne d’intérêt. Demandez aux autres de légender vos cadrages en utilisant des étiquettes autocollantes.
Proposez des légendes les plus neutres et littérales possibles (fonction d’ancrage chez Barthes). On peut penser aux légendes de type « alt » (alternative text), qui sont des descriptions associées aux images en ligne).
Proposez au contraire des légendes qui crée une disjonction avec ce qui est entouré (fonction de relais chez Barthes).
Décrivez à l’oral (en vous enregistrant) ce qu’il se passe dans la salle comme si vous décriviez un film à une personne aveugle ou malvoyante (vous pouvez bander les yeux d’un·e camarade).
Élaborez une partition pour une performance qui serait notre travail en classe.
Faire surgir une image par la description
Décrivez à fond un objet ou éléments de votre recherche-création (qui peut être réel ou imaginaire) et qui n’est pas là . Décrivez-le aux autres en détails pour faire surgir devant nous une image, un sens de ce que serait cet objet.
Tracer des ramifications
Comme le suggère Nicolas Nova, décrivez un de vos objets de recherche, pour son apparence concrète mais aussi pour toutes les ramifications dont cette apparence témoigne, et qui ne se voit pas, ne peut pas se percevoir directement.
« Produisez un diagramme décrivant ce qui est nécessaire au bon fonctionnement d’une machine de votre environnement quotidien : frigo, voiture électrique, panneau lumineux, borne de vente, distributeur de billets… de quels objets, opérateurs humains, infrastructures et normes techniques a-t-elle concrètement besoin ? Procédez à la fois par l’observation directe (en manipulant et en scrutant le moindre indice, parfois écrit en caractère minuscules sur l’appareil) et par la consultation de ressources en ligne ou d’experts. Réalisez éventuellement cet exercice à plusieurs » (Nicolas Nova, p. 86).
Mettez au point une bibliographie des disciplines, documents, œuvres et ouvrages qui pourront vous être utiles, ou plutôt que vous pourriez viser pour informer votre perception. De quelle approche vous souhaiteriez charger votre regard (des connaissances en biologie, en économie, des corpus de poésie, des archives, etc.) ?
Appareiller le regard (la bibliographie rêvée)
Quel serait le meilleur moyen de donner à voir, et à comprendre votre objet et le rôle qu’il joue dans votre recherche ? Quel serait le médium le plus approprié ?
Donner à saisir en changeant de médium
Dispositif d'observation
Élaborez un dispositif d’observation d’un de vos objets de votre recherche, sans interférer avec lui.
« Trouvez dans l’espace (urbain ou non) un objet d’une taille supérieure à une valise, et plus petite qu’une automobile. Prenez-le en photo (ou faites-en un dessin) depuis sept points de vue et échelles différents : de très près (collé à l’objet), à dix centimètres, à un mètre, à trois-quatre mètres, puis plus loin à votre convenance. Faites en un fanzine avec une image par page et un commentaire décrivant les caractéristiques uniques de cet objet perçu depuis cette distance. » (Nova, p. 122).
Élaborez un dispositif d'expérimentation d’un de vos objets de votre recherche, dans lequel vous cherchez à le faire réagir ou à le transformer.
Dispositif d'expérimentation
Entretien
Personnifiez votre objet de recherche pour entamer un entretien avec lui.
Des pistes de protocoles pour expérimenter :
Comme les stratégies des gens d’Uterpan, ou Looking up de Francis Alys, trouvez une démarche ou une place qui provoque quelque chose dont vous pourriez récolter les effets, si minimes soient-ils.
Adoptez l’immobilité quand c’est la mobilité qui est demandée fait émerger des choses. Inversement, adopter la mobilité quand c’est l’immobilité qui est demandée fait également surgir l’usage d’un environnement. Ce n’est alors pas seulement un poste d’observation que vous occupez, mais un dispositif de révélation du fonctionnement du lieu que vous mettez aussi en place.
Jour 6
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